Un nouveau joueur sur le terrain de la psyché
Avez-vous remarqué à quel point l’Intelligence Artificielle générative (celle qui écrit, dessine ou code sur demande) a envahi nos conversations ? Entre la rédaction d’e-mails professionnels et la création de recettes de cuisine, elle s’invite aussi, discrètement, dans le champ de la santé mentale.
En tant que professionnel de la psychothérapie, je reçois souvent des questions sur ces « chatbots psy » : Sont-ils efficaces ? Vont-ils me voler mon travail ? Doit-on avoir peur ?
Prenons un instant pour démystifier tout ça, avec curiosité et sans jugement. L’IA, loin d’être un remplaçant, est avant tout un outil qui peut enrichir — ou compliquer — notre approche du bien-être.
Le potentiel de l’IA : des alliées bienvenues
L’utilisation de l’IA générative en thérapie ne signifie pas confier votre âme à un algorithme ! Elle a des atouts concrets pour nous aider, vous et moi :
1. Une accessibilité 24/7
L’un des avantages majeurs, c’est la disponibilité. Pour ceux qui vivent loin d’un cabinet, qui ont des horaires complexes, ou qui cherchent un soutien instantané en pleine nuit, les outils basés sur l’IA peuvent offrir un premier niveau d’écoute et de soutien. Ils ne remplacent pas une séance, mais peuvent agir comme une béquille temporaire ou un journal de bord interactif, et tout ceci sans frais.
2. Un soutien complémentaire
Pour la psychologue que je suis, l’IA générative peut être une aide précieuse en coulisses. Elle peut, par exemple, m’aider à :
- Synthétiser de grandes quantités de données de recherche pour préparer une séance.
- Créer des supports personnalisés ou des exercices pour la maison.
- Réduire certaines tâches administratives pour que je puisse me concentrer sur ce qui compte vraiment : votre présence.
Bref, elle peut être un super-assistant qui me permet de vous offrir plus de temps et d’attention.
Les limites à garder en tête : le facteur humain
Si l’IA est douée pour traiter l’information, elle a des limites inhérentes, et c’est là que l’humain reste indispensable :
1. L’absence de relation
La thérapie, c’est avant tout une relation – une alliance thérapeutique, une écoute bienveillante, l’intuition. Un algorithme ne peut pas détecter un soupir imperceptible, un changement de posture, ni vivre une véritable empathie. Il n’y a pas de co-régulation avec une machine, cette faculté qu’a l’être humain de s’apaiser au contact d’une autre présence calme et sécurisante. L’IA peut imiter l’empathie, mais elle ne la ressent pas.
2. Le risque d’hallucinations et de biais
L’IA générative peut parfois produire ce que l’on appelle des « hallucinations » : des réponses fausses, inappropriées, voire dangereuses. De plus, elle apprend à partir de données existantes, ce qui signifie qu’elle peut reproduire ou amplifier des biais sociétaux, des stéréotypes ou des jugements. Un humain est formé pour être vigilant sur ces aspects.
3. La dépendance et la profondeur
L’immédiateté des réponses de l’IA est tentante. Mais le processus thérapeutique exige souvent d’accepter l’attente, l’élaboration lente et le doute pour développer vos propres ressources. Une réponse instantanée pourrait court-circuiter ce chemin essentiel vers l’autonomie et la compréhension profonde de soi.
En conclusion : un avenir de collaboration
Alors, faut-il voir l’IA comme une menace ou une aide ? Je crois qu’il est plus constructif de la considérer comme une nouvelle source d’opportunités qui demande une grande vigilance éthique et déontologique.
Elle peut rendre l’aide psychologique plus accessible pour certains aspects, mais elle ne pourra jamais remplacer la chaleur, l’intuition et la profondeur d’un échange humain. L’important est de garder le cap : la technologie doit rester au service de l’humain, et non l’inverse.
Le psychologue de demain sera celui qui saura utiliser ces outils de manière éthique, en renforçant l’efficacité de sa pratique pour se dédier pleinement au cœur de son métier : la relation qui soigne.
Un excellent documentaire Arte sur le sujet : https://www.arte.tv/fr/videos/120850-000-A/psychotherapie-et-intelligence-artificielle/
Dernière modification réalisée le 12 décembre 2025 par Sophie Echeverria

